🇬🇧 - Pakistan, or the bad reputation
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Le Pakistan ou la mauvaise réputation
On m’a demandé d’écrire sur le Pakistan, car “c’est un pays où personne ne va”.
Il est vrai que ce pays souffre d’une mauvaise image, il m’a souvent rappelé l’Albanie pour la beauté des montagnes, le sens de l’hospitalité et la déconnexion entre la situation réelle et la réputation du pays.
Alors oui, j’ai vu des armes, oui, j’ai passé des jours sous escorte militaire et oui, j’ai tiré à l’AK47, mais je tiens à dire que je n’ai pas eu peur, même une seule fois. Je suis loin d’être le plus courageux, mais des marchés d’armes en territoires tribaux aux rave-parties de Karachi, et des pistes de l’Himalaya aux venelles crasseuses de Lahore, jamais je ne me suis senti en danger.
Le Pakistan qui faisait trembler mes parents a été bon pour moi, et il vient rejoindre l’Iran dans ma liste des champions de l’hospitalité.
C’est un pays où l’Islam est vécu avec intensité, où les croyances mystiques comme le soufisme le teintent et l’adaptent, mais où le message de paix des religions du Livre prime.
Sa réputation de pays radical, fournisseur officiel en terroristes et talibans, me semble exagérée, bien qu’on ne puisse nier que ces groupes extrémistes y existent (comme en France d’ailleurs). Le pakistanais moyen y est ouvert d’esprit et curieux, et s’il essaiera peut-être de vous convertir, c’est par amitié ! Il est sûr de sa foi et souhaite la partager, il vous conseillera généralement juste d’essayer de lire le Coran, pour voir.
Il y a des fous de Dieu, au Pakistan comme ailleurs, mais ils ne pèsent rien face à la masse des croyants pacifistes, et face à un pays déterminé à aller de l’avant.
Puisque l’écueil principal est maintenant écarté, on peut parler du Pakistan vrai, tel que j’ai eu la chance de le voir pendant presque 3 mois.
C’est l’un de ces pays morcelés et vastes où, en quelques dizaines de kilomètres, on change de langue, de culture et d’apparence. Il existe environ 70 langages différents dans ce pays de 220 millions d’habitants, et autant de mythes, de structures sociales, de façon de s’habiller…
L’Urdu y est la “lingua franca”, le trait d’union qui permet à tous de communiquer. Une personne sur deux est néanmoins analphabète, et, si les choses vont en s’améliorant, il peut être compliqué d’échanger avec les locaux.
Ce qui m’a le plus marqué ici, c’est à quel point ce pays est intense.
Que ce soit dans la conduite ou dans les relations avec les autres, il faut y jouer des coudes. Pas de place pour l'introversion, la détente ou la timidité; Chaque jour y est un maelstrom de rencontres, d’échanges, de tractations.
La nature la plus belle et la misère la plus moche, les océans d’ordures et les aigles qui planent au-dessus des villes, tout va vite, tout se frotte et se percute dans un chaos miraculeux. Il n’y existe pas d’entre-deux, peu de demi-mesures dans l’activité de ce gigantesque tourbillon.
Les drames font partie de la vie courante, les destins s’entrechoquent à grande vitesse. Dans ce pays en voie de développement accéléré, les privilèges achètent tout. Le calme, l’accès à la nature et le personnel de maison font partie des luxes auxquels n’accèdent que les plus riches. En tant qu’invité et que “Gora” (blanc), j’étais bien placé sur l’échelle des privilèges, et j’ai expérimenté des situations qui m’ont semblé mettre le monde à l’envers. Lors d’un séjour à Karachi, j’ai eu à mon service un Afghan de 66 ans, vétéran de la guerre contre l’URSS et patriarche vénérable dont la barbe broussailleuse et le destin tragique m’inspiraient un respect profond.
La société pakistanaise est hiérarchique et verticale. Les plus défavorisés y sont au service et aux ordres. Il m’a pourtant semblé profondément contre-nature de voir un vieil homme fort et fier servir le thé et déboucher les toilettes pour des jeunes branleurs de 25 ans.
La société pakistanaise est dure et injuste. Pas de place pour les timides, les faibles et les introvertis. Le seul moyen d’y survivre est de parler fort, de ne pas montrer de vulnérabilité, et de ne laisser personne marcher sur ses plates-bandes. Les femmes y sont invisibilisées, objectifiées et privées de leurs droits fondamentaux. Encore une fois, seules la richesse et le pouvoir permettent l’accès des petites filles à un semblant d’émancipation.
Qu’on ne se méprenne pas, la situation s’améliore, et le Pakistan suit depuis quelques années une tendance de plus en plus libérale. Simplement, le pays part de loin, et la polygamie ou les familles de 20 enfants y sont encore monnaie courante (dans les zones rurales).
Un témoignage est toujours rédigé depuis le point de vue de celui qui l’écrit. Souvent c’est celui d’un homme blanc, et donc d’un privilégié, voir pire, d’un privilégié qui s’ignore.
Ce statut m’a bien servi dans ma découverte du Pakistan, et je ne peux assurer qu’il serait aussi facile à quelqu’un d’autre de voyager comme je l’ai fait.
Malgré la misère en version XXL, la beauté est présente partout dans ce grand pays, et les montagnes du nord font partie des plus belles régions que j’ai eu la chance de visiter.
Toujours coincé entre deux extrêmes, le vivant y côtoie la pollution et le sublime se frotte à l’immonde. Le Pakistan est, en tout cas, un monde en soi, qui mérite qu’on l’explore et qu’on le découvre (sans surprise), bien loin des clichés qu’on en avait.
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Pakistan or the bad reputation
I was asked to write about Pakistan because "it is a country where nobody goes".
It is true that this land suffers from a bad image, it often reminds me of Albania for the beauty of its mountains, the sense of hospitality and the disconnection between the real situation and the reputation of the country.
So yes, I saw guns, yes, I spent days under military escort and yes, I fired an AK47, but I want to say that I was not afraid even once. I am not saying I'm brave, but from gun markets in tribal territories to rave parties in Karachi, and from the Himalayan trails to the filthy alleys of Lahore, I never felt unsafe.
The Pakistan that made my parents tremble has been good to me, and it joins Iran in my list of champions of hospitality.
It is a country where Islam is lived with intensity, where mystical beliefs such as Sufism color and adapt beliefs, but where the message of peace of the religions of the Book prevails.
Its reputation as a radical country, official supplier of terrorists and Talibans, seems to me to be exaggerated, although it cannot be denied that these extremist groups exist there (as they do in France).
The average Pakistani is open-minded and curious, and if he tries to convert you, it is out of friendship! He is sure of his faith and wants to share it, he will usually just advise you to try reading the Koran, just to see.
There are religious freaks, in Pakistan as elsewhere, but they are no match for the mass of peace-loving believers, and for a country determined to move forward.
Now that the main pitfall has been removed, we can talk about the real Pakistan, that I had the chance to see for almost 3 months.
It is one of those fragmented and vast countries where, within a few dozen kilometres, you change language, culture and appearance. There are about 70 different languages in this country of 220 million inhabitants, and as many myths, social structures, ways of dressing...
Urdu is the "lingua franca", the link that allows everyone to communicate. One in two people is nonetheless illiterate, and while things are improving, it can be complicated to communicate with the locals.
What has impressed me the most here is how intense this country is.
Whether it's driving or dealing with other people, you have to play hard to get there. There is no room for introversion, relaxation or shyness; every day is a maelstrom of encounters, exchanges and dealings.
The most beautiful nature and the ugliest misery, the oceans of rubbish and the eagles that soar over the cities, everything moves fast, everything rubs and collides in a miraculous chaos. There is no in-between, no half measures in the activity of this gigantic whirlpool.
Drama is part of everyday life, destinies collide at high speed. In this fast-developing country, privileges buy everything. Peace and quiet, access to nature and house staff are among the luxuries that only the richest have access to. As a guest and a 'Gora' (white), I was well placed on the privilege scale, and experienced situations that seemed to turn the world upside down. During a stay in Karachi, I had a 66-year-old Afghan, a veteran of the war against the USSR and a venerable patriarch, whose bushy beard and tragic fate commanded my deep respect.
Pakistani society is hierarchical and vertical. The most disadvantaged are at the service and at the orders. Yet it seemed profoundly unnatural to me to see a strong, proud old man serving tea and unclogging toilets for 25-year-old wankers.
Pakistani society is harsh and unfair. There is no room for the shy, the weak and the introverted. The only way to survive is to speak loudly, not to show vulnerability, and not to let anyone step on your toes. Women are invisibilised, objectified and denied their basic rights. Once again, only wealth and power allow little girls to have any semblance of emancipation.
Make no mistake, the situation is improving, and Pakistan has been following an increasingly liberal trend in recent years. However, the country has a long way to go, and polygamy or families with 20 children are still common (in rural areas).
A testimony is always written from the point of view of the person writing it. Often it is that of a white man, and therefore of a privileged person, or even worse, a privileged person who ignores himself.
This status served me well in my discovery of Pakistan, and I cannot assure that it would be as easy for someone else to travel as I did.
Despite the XXL misery, beauty is present everywhere in this great country, and the northern mountains are among the most magnificent regions I had the chance to visit.
Always caught between two extremes, the living rubs shoulders with pollution and the sublime rubs shoulders with the filthy. Pakistan is, in any case, a world in itself, which deserves to be explored and discovered (not surprisingly), far from the clichés we had of it.