Iran, the country of paradoxes
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Aujourd’hui, la machine à remonter le temps que j’emmène toujours avec moi (même si elle prend trop de place dans mon sac à dos), nous ramène en Iran.
Il me faut ici faire preuve d’honnêteté et vous confier que j’étais déjà amoureux de l’Iran avant d’entreprendre ce voyage, et que cette visite de 2022 était déjà la troisième que je faisais en Perse.
Le texte qui suit n’est donc pas le résumé des découvertes d’un néophyte, mais une liste des paradoxes si nombreux en Iran, et qui participent à en faire un des pays les plus intéressants à découvrir, un des plus hospitaliers à visiter, et un des plus déchirants à aimer.
À bientôt pour de nouvelles missives de l’autre côté du monde.
Si la Chine produit beaucoup des meilleurs gymnastes, l’Iran est la nation du grand-écart.
S’il n’est pas connu pour sa souplesse, ce pays de paradoxes impose à ses visiteurs comme à ses habitants cette figure impressionnante.
L’image en noir-et-blanc que renvoient les médias occidentaux de ce pays si coloré ne permet en rien de comprendre les subtilités d’une civilisation triplement millénaire.
Loin de cette monochromie mensongère, l’Iran d’aujourd’hui est multiple et divisé. Il abrite des paradoxes surprenants qui tiennent le touriste en perpétuelle extension.
Sa population se divise entre les individus religieux ou non. S’ils ont en commun un sens de l’accueil et de l’hospitalité presque excessif, tout le reste les oppose.
Les non religieux aspirent à la démocratie, aux libertés individuelles et au modèle de développement capitaliste occidental. Les religieux, eux, adhèrent aux valeurs de la République Islamique et ne désirent pas nécessairement de rapprochements avec un Occident vu comme décadent.
Au gré des rencontres on alterne entre les femmes portant le tchador et celles refusant de porter le hijab obligatoire.
Entre les familles pratiquant strictement la Sharia, et celles produisant de l’alcool de contrebande dans leur garage.
Entre paysans vivant sans électricité et eau courante dans les montagnes, et Téhéranais privilégiés vivant dans l’abondance la plus complète.
On y rencontre des avocats qui fument des pétards, des paysans passionnés de politique et même des policiers sympas.
En Iran être gay est puni par la loi, mais les opérations de changement de sexe sont financées par l’Etat. Refaire son nez est une fierté, certains vont même jusqu’à porter des pansements sans avoir subi d’opérations ! On déteste Israël mais on héberge la plus grande communauté juive du Moyen-Orient, on est fier de son pays mais on rêve d’émigrer…
Les Iraniens sont les fiers descendants d’une des civilisations les plus anciennes du monde, mais ils sont obsédés par la nouveauté, au point de garder le plus longtemps possible sur leurs voitures les pièces de plastiques montrant qu’elles ont été achetées récemment. Certains vont jusqu’à laisser les plastiques d’emballage qui protègent les sièges et les appuis-têtes.
Les femmes y sont traitées comme des êtres inférieurs, dont la parole vaut la moitié de celle d’un homme devant un tribunal. Elles représentent pourtant les deux tiers des étudiants à l’université, et sont les plus diplômées de cette partie du monde.
La prostitution y est formellement interdite, mais on peut y contracter un « sighé », ou mariage temporaire prononcé par un imam, et dont la durée peut varier entre 1 an et 1 heure, permettant ainsi de s’envoyer en l’air en toute légalité.
La consommation d’alcool y est punie de coups de fouet, mais elle est répandue au point que même le fleuriste peut vous proposer un shot de vodka pour accompagner votre bouquet de roses.
L’armée iranienne est une institution complexe et redoutée, mais certaines bases militaires abritent des cafés, des salles de sport et des restaurants branchés. Ce sont des zones où les jeunes ont tendance à se sentir plus en sécurité, puisque la police des mœurs n’est pas autorisée à y intervenir.
L’Islam chiite qui y est pratiqué est une religion où le deuil et les martyrs jouent un rôle central. Lors du mois de mouharram, les croyants portent du noir et vont jusqu’à s’auto-flageller dans des processions. L’Iran reste pourtant un pays du sourire, où l’étranger est accueilli comme une bénédiction.
L’Iran est un pays de paradoxes et de contradictions, un pays déchiré entre deux faces, l’une sublime et l’autre ignoble. C’est un pays complexe et beau, auquel les non-initiés ne comprennent généralement rien. C’est un pays aujourd'hui engagé dans une lutte à mort, entre le camp de la mort et celui de la liberté. Le plus grand écart de l’Iran c’est peut-être celui là, refuser la liberté à un peuple qui en est tant épris
ZAN, ZENDEGI, AZADI
FEMME, VIE, LIBERTÉ
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If China produces many of the best gymnasts, Iran is the nation of the splits.
Although it is not known for its flexibility, this country of paradoxes imposes this impressive figure on its visitors and inhabitants alike.
The black-and-white image of this colourful country portrayed by the Western media does not help us understand the subtleties of a civilisation that is three thousand years old.
Far from this deceptive monochrome image, the Iran of today is multiple and divided. It harbours surprising paradoxes that keep the tourist in perpetual extension.
Its population is divided between religious and non-religious individuals. While they share an almost excessive sense of welcome and hospitality, everything else pits them against each other.
The non-religious aspire to democracy, individual freedoms and the Western capitalist development model. The religious, on the other hand, adhere to the values of the Islamic Republic and do not necessarily wish to come closer to a West seen as decadent.
In the course of the travelling we alternate between meeting women wearing the chador and those refusing to wear the obligatory hijab.
Between families strictly practising Sharia law and those producing contraband alcohol in their garage.
Between peasants living without electricity and running water in the mountains, and privileged Tehranis living in complete abundance.
We meet lawyers who smoke blunts, peasants who are passionate about politics and even nice policemen.
In Iran being gay is punishable by law, but sex change operations are funded by the state. Nose jobs are a point of pride, some even wear bandages without having undergone surgery! The government hates Israel but is home to the largest Jewish community in the Middle East; citizens are proud of their country but dream of emigrating...
Iranians are proud descendants of one of the world's oldest civilisations, but they are obsessed with novelty, to the point of keeping plastic parts on their cars as long as possible to show that they have been recently purchased. Some go so far as to leave the plastic wrapping that protects the seats and headrests.
Women are treated as inferior beings, whose word is worth half that of a man in court. Yet they make up two-thirds of university students, and are the most educated in this part of the world.
Prostitution is formally forbidden, but it is possible to contract a "sighé", or temporary marriage pronounced by an imam, and whose duration can vary between 1 year and 1 hour, thus making it possible to get laid in all legality.
Alcohol consumption is punishable by lashes, but it is so common that even the florist may offer you a shot of vodka to accompany your bouquet of roses.
The Iranian military is a complex and feared institution, but some military bases are home to cafes, gyms and trendy restaurants. These are areas where young people tend to feel safer, as the morality police are not allowed to intervene.
The Shia Islam practised here is a religion where mourning and martyrdom play a central role. During the month of Muharram, believers wear black and even go so far as to whip themselves in processions. Yet Iran remains a country of smiles, where foreigners are welcomed as a blessing.
Iran is a country of paradoxes and contradictions, a country torn between two sides, one sublime and the other hideous. It is a complex and beautiful country, which the uninitiated generally do not understand. It is a country today engaged in a struggle to the death, between the camp of death and the camp of freedom. Perhaps Iran's greatest paradox is that of denying freedom to a people who are so passionate about it.
ZAN, ZENDEGI, AZADI
WOMAN, LIFE, FREEDOM