Woman Life Freedom

La Révolution Iranienne de 2022 - The 2022 Iranian Revolution

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Parti pour un tour du monde en autostop il y a six mois, je suis actuellement en Iran. C’est la deuxième fois que ce pays, que passionnément, s’embrase lors d’une de mes visites. Après les émeutes de la faim de 2018, j’assiste aujourd’hui à un autre moment historique avec la révolte occasionnée par la mort de Mahsa Amini, jeune iranienne morte dans des circonstances obscures après son arrestation par la police des moeurs. 

Je vous écris d’un pays où, d’Ouest en Est, souffle un vent de liberté. 

Le 14 septembre, une jeune kurde de 22 ans est, par sa mort, devenue un symbole.

Le décès tragique de cette jeune femme a d’abord embrasé sa région natale, terreau des idées nationalistes du Kurdistan et province traditionnellement moins soumise au régime des Ayatollahs.

Le reste de l’Iran progressiste, anti-religieux et désespéré a suivi. 

Je vous écris en plein blackout. Pas celui du XXe siècle, où les villes étaient plongées dans le noir, celui du XXIe où internet est ralenti à l’extrême, où le pouvoir s’attaque aux liens qui unissent les individus. Les réseaux sociaux sont hautement critiquables, mais ils sont aussi un formidable outil d’organisation et de propagation des idées. Tout les régimes le savent, et celui des mollahs a pris des mesures. L’accès à internet est ici comparable à une vanne que l’on ouvre et ferme selon la situation. Elle laisse couler un filet le matin, pour permettre à la partie digitalisée de  l’économie de survivre, puis se ferme en milieu d’après midi pour empêcher toute utilisation contestataire. 

Le soir, l’accès aux réseaux sociaux est impossible, car c’est alors qu’ont lieu les affrontements entre les manifestants et les différentes forces de répression. 

C’est a deuxième fois que j’approche au plus près de manifestations où de jeunes et moins jeunes héros et héroïnes risquent tout. Cette fois cependant, quelque chose a changé : les femmes iraniennes sont à la tête de ce combat, faisant une fois de plus la preuve d’un courage et d’une détermination hautement admirables.

Lors de balades nocturnes dans les quartiers huppés de Téhéran, flânant dans le bazar de Tabriz ou près des splendeurs d’Ispahan, j’ai croisé des cohortes de ces dames au courage dédaigneux qui, gardant la tête découverte et le menton haut, refusent jour après jour de plier. 

J’en ai chaque fois eu des frissons, et j’en sens encore me courir l’échine à l’écriture de ces mots. 

La bravoure quotidienne des guerrières persanes paiera. 

Les mouvements de droits sociaux, dans le sillage des Gandhi, Martin Luther King et autre Mandela ont démontré que c’est cette obstination et cette audace quotidienne qui font plier les gouvernements.


Un vent de liberté souffle sur l’Iran. Il est presque palpable.

Il suffit de se rendre dans les parcs entourant les villes pour l’entendre souffler.

Il passe dans les basses qui font se déhancher une jeunesse à bout de souffle, dans des fêtes spontanées où tombent les hijabs et les interdits.

Il passe dans les regards fiers de mères marchant têtes nues à côté de leurs filles dans les rayons d’un supermarché. 

Il passe dans le soutien rageur des jeunes hommes à leurs égales dans les manifestations, dans le discours anti-système des chauffeurs de taxi. 

Il passe dans l’humour des persans quand ils tournent leurs oppresseurs en ridicule, dans les larmes qui montent aux yeux quand on apprend la mort d’une autre figure de la liberté, assassinée à 20 ans pour un morceau de tissu et un idéal. 

Les iraniens aspirent à la liberté, presque tout ceux que j’ai rencontré en tout cas.

Quand on voyage en autostop, on rencontre une palette aléatoire d’individus, qui ont pour unique trait commun d’accepter d’aider un inconnu (et d’avoir une voiture). 

Le ressenti que j’essaye de transmettre ici n’est pas scientifique, il n’a ni valeur de sondage ni d’analyse politique. Il se base sur un voyage, sur un vécu. Sur des discussions dans les bazar, les autobus ou à la sortie des mosquées. Il n’est pas scientifique mais il a une valeur car il est le fruit de deux mois de rencontres avec des inconnus tous différents. 

L’Iran est un pays divisé, j’ai aussi discuté, partagé le pain et habité avec des soutiens de la République Islamique, des fonctionnaires, des soldats…

Ils sont néanmoins de plus en plus minoritaire et cela se voit. Du discours policé et apaisant qu’ils tiennent, aux montages grossiers des vidéos de marche en soutien au régime, bouclées afin de donner une impression de masse. 

Alors que le monde a les yeux braqués sur l’Iran, et sur le plus important soulèvement populaire depuis 2009 (le fameux « Mouvement vert » qui fut réprimé dans le sang), la liste des morts et des arrestations s’allonge de dizaines de noms chaque jour.

 Chaque soir, de jeunes iraniens risquent leur vie et leur liberté pour mettre à bas un régime cadenassé. Le monde occidental rend un hommage mérité au courage de cette population qui se bat pour un idéal proche du sien, celui des libertés individuelles et de la démocratie. 

Ce soutien à distance passera. 

La machine médiatique est ainsi faite que l’attention dont bénéficie cette tentative révolutionnaire sera bientôt redirigée vers un autre point du globe, vers une autre affaire politique…

Quand cela se produira, les jeunes héroïnes et leurs alter ego masculins mourront en masse. 

C’est ainsi que procède la théocratie iranienne avec des manifestants qu’elle considère comme des « ennemis de l’intérieur » et des moins que rien. 

Un des slogans de cette révolution de 2022, moins connu que « Femme, Vie, Liberté » mais très employé sur les réseaux sociaux est « Be our voice ». 

De nombreux manifestants que j’ai rencontré m’ont demandé d’être leur voix, et de m’employer à relayer la réalité de la situation en Iran auprès d’un monde occidental qu’ils idéalisent.

C’est, je crois, la seule chose efficace que l’on peut faire pour soutenir un peuple engagé dans une lutte à mort. 

En écrivant ce texte je risque ma liberté. En manifestant tout les soirs, ils risquent leur vies. 

Cet article ne comporte pas de photos, pas de noms d’iraniens pour des raisons évidentes de sécurité. 

Il fût écrit dans un pays qui a vu se succéder les empires et les rois depuis 2500 ans mais dont la culture a subsisté, a grandi en force et en résilience. 

Ce texte a pour objectif d’encapsuler un tout petit bout du vent de l’histoire qui souffle sur le monde, et de vous parler du vent de la liberté qui souffle sur l’Iran.

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I am writing to you from a country where, from West to East, a wind of freedom blows.

 

On 14 September, the death of a 22-year-old Kurdish girl became a symbol.

The tragic death of this young woman first set fire to her native region, the breeding ground of nationalist ideas in Kurdistan and a province traditionally less subject to the Ayatollahs' regime.

The rest of progressive, anti-religious and desperate Iran followed.

 

I am writing this in the midst of a blackout. Not the one of the 20th century, when cities were plunged into darkness, but the one of the 21st century, where the internet is slowed down to a crawl, where the authorities are attacking the ties that bind people together. Social networks are highly criticizable, but they are also a formidable tool for organizing and spreading ideas. All regimes know this, and the mullahs' regime has taken action. Access to the internet is comparable to a valve that can be opened and closed depending on the situation. It lets a trickle out in the morning, to allow the digitalized part of the economy to survive, and then closes in the middle of the afternoon to prevent any protest use.

In the evening, access to social networks is impossible, because that is when the clashes between the demonstrators and the various forces of repression take place.

 

This is the second time I have been close to demonstrations where young and old heroes and heroines risk everything. This time, however, something has changed: Iranian women are at the forefront of this struggle, once again demonstrating highly admirable courage and determination.

During evening strolls in the posh districts of Tehran, strolling in the bazaar of Tabriz or near the splendours of Isfahan, I have come across cohorts of these ladies with disdainful courage who, keeping their heads uncovered and their chins high, refuse day after day to bend.

Each time, I got chills, and I can still feel them running down my spine as I write these words.

The daily bravery of the Persian women warriors will pay off.

The social rights movements, in the wake of Gandhi, Martin Luther King and Mandela, have shown that it is this daily stubbornness and daring that makes governments bend.

 

 

A wind of freedom is blowing through Iran. It is almost palpable.

You only have to go to the parks surrounding the cities to hear it blowing.

It comes through in the bass music that makes breathless youths sway, in spontaneous parties where hijabs and prohibitions fall.

It is in the proud looks of mothers walking bareheaded next to their daughters in the aisles of a supermarket.

It is in the angry support of young men for their female counterparts in the demonstrations, in the anti-system discourse of taxi drivers.

It is in the humour of the Persians when they ridicule their oppressors, in the tears that well up in their eyes when they learn of the death of another figure of freedom, murdered at the age of 20 for a piece of cloth and an ideal.

 

Iranians aspire to freedom, almost everyone I've met anyway.

When you hitchhike, you meet a random array of people, whose only common trait is that they are willing to help a stranger (and have a car).

The feeling I'm trying to convey here is not scientific, it has neither the value of a survey nor a political analysis. It is based on a journey, on an experience. It is based on discussions in the bazaar, on buses or at the exit of mosques. It is not scientific, but it has value because it is the fruit of two months of meetings with strangers, all different.

Iran is a divided country, I also discussed, shared bread and lived with supporters of the Islamic Republic, civil servants, soldiers...

Nevertheless, they are more and more in the minority and it shows. From the polite and soothing speech they give, to the crude editing of videos of marches in support of the regime, looped in order to give an impression of mass.

While the world's eyes are on Iran, and on the largest popular uprising since 2009 (the notorious "Green Movement" that was put down in blood), the list of deaths and arrests grows by dozens of names every day.

Every night, young Iranians risk their lives and their freedom to bring down a closed regime. The Western world pays a well-deserved tribute to the courage of this population that fights for an ideal close to its own, that of individual freedom and democracy.

This remote support will pass.

The media machine is such that the attention given to this revolutionary attempt will soon be redirected to another part of the world, to another political issue...

When that happens, the young heroines and their male alter egos will die en masse.

This is how the Iranian theocracy deals with protesters whom it considers "enemies from within" and less than nothing.

 

One of the slogans of this 2022 revolution, less known than "Woman, Life, Freedom" but widely used on social networks, is "Be our voice".

Many of the demonstrators I met asked me to be their voice, and to work to relay the reality of the situation in Iran to a Western world that they idealise.

This, I believe, is the only effective thing one can do to support a people engaged in a life-and-death struggle.

 

By writing this text I am risking my freedom. By demonstrating every night, they risk their lives.

This article does not contain any photos, no names of Iranians for obvious security reasons.

It was written in a country that has seen a succession of empires and kings over the last 2500 years but whose culture has survived, grown in strength and resilience.

This text aims to encapsulate a tiny bit of the wind of history that blows across the world, and to tell you about the wind of freedom that blows across Iran.

Les chroniques du monde qui coule

Par Les Chroniques du monde qui coule (Hippolyte)

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