La lumière décline et le vent forcit. Il semble vouloir renverser la moto à chaque bourrasque.
Les virages se suivent et se ressemblent. Les dangers se suivent et ne se ressemblent pas; Un âne sur la route, un glissement de terrain, une chèvre sur la route, un checkpoint avec des dos-d’ânes bien vicieux, une vache sur la route, un cours d’eau à traverser, un yak sur la route, un embouteillage de camions surchargés…
Glissements de terrain, chantiers, cours d’eau à traverser, checkpoint avec des dos d’ânes vicieux… Sur la route quand il y en a une, j’ai vu des poules, des ânes, des vaches, des yaks, des chèvres, des enfants, des grands pères, des caravanes, des femmes qui ramassent du bois, des gens qui en coupent etc
J’ai le goût du sang dans la bouche, le vent et le froid ont fendu mes deux lèvres. Je tiens le guidon de toutes mes forces pour résister aux tressautements. La chaussée alterne entre goudrons, sable, gravillons et blocs de roche.
Couvert de boue des chaussettes aux lunettes, je fantasme sur une douche et des draps frais. Je n’ai pas eu d’eau chaude depuis 6 jours, et pas eu de literie propre depuis 3 semaines.
La route se délie et serpente à perte de vue. A droite, la falaise, à gauche, le précipice. Je suis fourbu et je ne vois pas la fin du chemin. Aujourd’hui, j’ai conduit 7h pour parcourir 150km.
Je traverse des hameaux dont les petites maisons de pierre se confondent avec la montagne. Je caresse l’idée de camper dans la nature, mais la pente est trop raide et les nuits trop froides. Chaque espace à peu près plat est occupé par une maison de fermier.
Le crépuscule touche à sa fin et bientôt il fera nuit. Je ne crois pas qu’il existe beaucoup de routes plus dangereuses que celles de l’Himalaya quand vient l’obscurité. On rate un virage et c’est le grand saut.
La halte apparait enfin: PCH, pour Pak-China Hotel.
C’est visiblement une halte pour les camionneurs qui traversent le pays à bord de leurs énormes engins oranges décorés comme des sapins de Noël.
Les visages, eux, sont noirs de suie et de crasse. Les yeux sont ronds d’étonnement. C’est sûrement la première fois qu’un étranger s’arrête ici.
Je serre les mains qu’on me tend, et négocie le prix d’une petite cellule vide, attenante à une salle de bain, plus sale que les plus sales toilettes de station-service d’Europe.
Je paye mes 4€, et vais m’installer sur le matelas recouvert de plastique qu’on a disposé là.
Je me suis surement fait avoir, mais je n’en ai rien à foutre, je suis bien trop fatigué pour ça.
Quelques minutes s’écoule, puis on vient me chercher. La police est là, il faut les suivre, cet hôtel est trop dangereux.
La nuit est profondément noire maintenant. J’enfile les virages à l’aveuglette, en suivant les feux arrière du pick-up des policiers. Les pakistanais n’ont visiblement pas reçu le mémo sur les pleins phares quand on croise quelqu’un sur une route de montagne. Chaque voiture me laisse aveugle pour quelques secondes, et je prie pour ne pas rater ma trajectoire dans le noir.
Je dormirai à la station de police ce soir, c’est le chef qui en a décidé ainsi.
La pièce où je m’endors n’est pas beaucoup plus avenante que celle de l’hôtel, et la salle de bain pas beaucoup plus propre. J’engloutis un plat de riz blanc, entouré de 5 policiers qui me font la conversation et commentent mes moindres faits et gestes.
Au moins, ici, c’est gratuit.
Vivement demain.
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The light is fading and the wind is increasing. It seems to be willing to overturn the bike with each gust.
The bends follow one another and look the same. The dangers follow one another and are not the same; a donkey on the road, a landslide, a goat on the road, an accident, a cow on the road, a river to cross, a yak on the road, a traffic jam of overloaded trucks...
Landslides, building sites, rivers to cross, checkpoints with vicious speed bumps... On the road when there is one, I saw chickens, donkeys, cows, yaks, goats, children, grandfathers, caravans, women collecting wood, people cutting wood etc.
I have the taste of blood in my mouth, the wind and the cold have split both my lips. I hold the handlebars with all my strength to resist the jolts. The road alternates between tarmac, sand, gravel and boulders.
Covered in mud from my socks to my glasses, I fantasise about a shower and fresh sheets. I haven't had hot water for 6 days, and clean bedding for 3 weeks.
The road unravels and winds as far as the eye can see. To the right, the cliff, to the left, the precipice. I'm exhausted and can't see the end of the road. Today, I drove 7 hours to cover 150km.
I pass through hamlets whose small stone houses blend in with the mountain. I toy with the idea of camping in the wild, but the slope is too steep and the nights too cold. Every almost flat space is occupied by a farmer's house.
The twilight is coming to an end and soon it will be dark. I don't think there are many roads more dangerous than the Himalayas when it gets dark. You miss a curve and it's the big jump.
The stopover finally appears: PCH, for Pak-China Hotel.
It is obviously a stop for the truckers who cross the country in their huge orange machines decorated like Christmas trees.
The faces are black with soot and grime. The eyes are round with astonishment. This must be the first time a foreigner has stopped here.
I shake the hands I'm handed, and negotiate the price of a small empty compartment, adjoining a bathroom, dirtier than the dirtiest gas station toilets in Europe.
I pay my 4€, and go to settle down on the plastic-covered mattress they've put there.
I've probably been tricked, but I don't give a fuck, I'm far too tired for that.
A few minutes go by, then they come to get me. The police are here, I have to follow them, this hotel is too dangerous.
The night is pitch black now. I drive blindly around the bends, following the rear lights of the police pick-up. The Pakistanis obviously didn't get the memo about full headlights when you pass someone on a mountain road. Each car leaves me blind for a few seconds, and I pray I don't miss my trajectory in the dark.
I will sleep at the police station tonight, the chief has decided.
The room I fall asleep in is not much nicer than the one in the hotel, and the bathroom not much cleaner. I wolf down a plate of white rice, surrounded by five policemen who talk to me and comment on my every move.
At least it's free here.
Can't wait for tomorrow.