🇫🇷🇫🇷🇫🇷 - Le charme discret des Balkans
Au croisement de l’Europe de l’Est et de l’Ouest, entre l’Europe centrale et l’Europe méditerranéenne, les Balkans sont un carrefour qui, depuis des siècles, attire les convoitises.
Ravagée par les guerres dans l’histoire contemporaine, colonisée par des puissances étrangères depuis l’Antiquité, cette petite partie du monde est riche en rancœurs et en histoires tristes.
Au-dessus de 35 ans, on y a nécessairement connu le totalitarisme, la guerre ou l’exil. Au dessous, on y a été élevé dans la méfiance et la haine d’un voisin pourtant pas si différent.
Dans cette région morcelée entre différentes ethnies, religions et versions de l’Histoire, la plus grande division est peut-être celle qui sépare les quarantenaires revanchards et politisés des jeunes aspirant au progrès et à la consommation.
Car oui, le capitalisme a gagné sa place au cœur des rudes montagnards, et de leurs descendants. Les villes en sont la preuve, elles qui portent des traces des dominations successives: minarets ottomans, béton communiste et maintenant écrans géants de publicité et casinos à gogo.
Dans les anciens bazars de l’envahisseur turc, on trouve Gucci et Lacoste, tenues traditionnelles (made in China) et services à thé en cuivre (made in Turkey).
Les jeunes travaillent dans le marketing digital, les assurances ou les sites internet.
Dans une région où les dettes se réglaient avec du sang, l’argent a pris le pas sur l’honneur et l’hémorragie des vendettas s’est arrêtée. La corruption a pris le relais, et en donnant la bonne somme à la bonne personne tout devient possible : chacun sait qu’on peut tuer si l’on a les bons appuis, et un lieutenant de police albanais me confiait accepter régulièrement des pots-de-vin. On peut néanmoins comprendre qu’il préfère prendre l’argent de certains dealers, que d’envoyer des jeunes passer une décennie en prison pour 10g de cocaïne.
On s’y divise en pays, en religion, en ethnies… On y partage le rakija, la haine des politiciens et une tendance à entretenir des rancunes vieilles de 400 ans.
Les voyageurs y sont bien reçus (sauf en Croatie), et l’autostoppeur n’attends jamais longtemps (sauf s’il va se perdre dans les montagnes).
Les lois anciennes de l’hospitalité y ont la vie dure, et le touriste respectueux y trouvera bien des merveilles s’il cherche plus loin que le bout de son nez. Il sera accueilli, hébergé, nourri et transporté, pourvu qu’il accepte le débat et un point de vue sur l’Histoire où l’Occident est responsable de bien des maux.
Dans les Balkans donc, on trouve avant tout des contrastes.
On y respecte les étrangers autant qu’on y honnit l’ingérence étrangère.
On partage avec celui qui vient de loin, mais pas avec son voisin.
On n’y roule pas sur l’or, mais les casinos et les malls y poussent comme des champignons.
La nature sauvage y côtoie l’urbanisation galopante.
Les gens sympas y sont bien plus nombreux que les salauds, et pourtant c’est encore les salauds qui gouvernent.
Bref c’est presque comme ailleurs, mais, croyez moi, il y a quand même un petit quelque chose en plus:
Le charme discret des Balkans.
🇬🇧- The subtle charm of the Balkans
At the crossroads of Eastern and Western Europe, between Central Europe and Mediterranean Europe, the Balkans is a crossroads that has attracted greed for centuries.
Ravaged by wars in contemporary history, colonised by foreign powers since antiquity, this small part of the world is rich in grudges and sad stories.
If you are over 35 years old there, you have necessarily experienced totalitarianism, war or exile. Below that age, one has been brought up to distrust and hate a neighbour who is, in the end, not so different.
In this region divided between different ethnicities, religions and versions of history, the greatest division is perhaps the one between the revengeful and politicised middle-aged people and the youth who aspire to progress and consumption.
For yes, capitalism has won its place in the hearts of the rough mountain people, and their descendants. The cities are living proof of this, bearing the traces of successive dominations: Ottoman minarets, communist concrete and now giant advertising screens and casinos aplenty.
In the former bazaars of the Turkish invaders, you can find Gucci and Lacoste, traditional clothes (made in China) and copper tea sets (made in Turkey).
Young people work in digital marketing, insurance or websites.
In a region where debts were settled in blood, money has taken precedence over honour and the hemorrhage of vendettas has stopped. Corruption has taken over, and by giving the right money to the right person everything becomes possible: everyone knows that you can kill if you have the right support, and an Albanian police lieutenant confided to me that he regularly accepts bribes. It is nevertheless understandable that he prefers to take money from certain dealers than to send young people to spend a decade in prison.
They are divided into countries, religions, ethnic groups... They share rakija, hatred of politicians and a tendency to hold grudges dating back 400 years.
Travellers are well received (except in Croatia), and the hitchhiker never waits long (unless he gets lost in the mountains).
The ancient laws of hospitality are still very much alive, and the respectful tourist will find many wonders if he looks further than the end of his nose. He will be welcomed, accommodated, fed and transported, as long as he accepts the debate and a point of view on history in which the West is responsible for many evils.
In the Balkans, then, one finds above all contrasts.
Foreigners are respected as much as foreign interference is hated.
People share with those who come from afar, but not with their neighbours.
One is not far from poverty, but casinos and malls are springing up like mushrooms.
The wilderness stands side by side with galloping urbanisation.
The nice people outnumber the bastards, and yet the bastards still rule.
In short, it's almost like elsewhere, but, believe me, there's a little something extra:
The discreet and subtle charm of the Balkans.