Les chroniques du monde qui coule

Paris - Katmandou en autostop. Parti à la découverte du monde et des humains, je vous propose ici un témoignage pseudo-journalistique, à hauteur d'homme et de paysage.

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Par Les Chroniques du monde qui coule (Hippolyte)
20 oct. · 4 mn à lire
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🇫🇷 - Un thé avec les Talibans

🇬🇧 - Tea with Talibans

🇬🇧🇬🇧 - English version available - Just slide down - 🇬🇧🇬🇧

Après un mois passé en Afghanistan, il est temps de se mouiller un peu. 

Commençons par le positif:

Depuis que les Talibans ont pris le pouvoir, il est de nouveau possible de voyager en Afghanistan. Le nouveau gouvernement étant lancé dans une campagne de charme pour obtenir une reconnaissance internationale, il voit d’un très bon œil le retour des “touristes” qui osent se risquer ici. Si les formalités administratives et les contrôles d’identité peuvent être fastidieux, les consignes sont claires: “Laissez les touristes tranquilles et aidez les si possible”. 

Depuis que les méchants ont gagné, la paix est revenue, et s’il existe toujours quelques groupes terroristes dans le pays, les talibans connaissent toutes les techniques et les meilleures cachettes donc ils s’en sortent comme des chefs. 

L’autre point positif, c’est que les nouveaux leaders de l’Afghanistan ont réussi à éliminer presque totalement la corruption qui rongeait le pays sous le précédent régime. Les punitions sont draconiennes en cas de dérogation à la règle, et les taxes prélevées sur la population sont enfin utilisées à bon escient. 

Un dernier changement est à porter au crédit des vainqueurs, c’est la résolution rapide de la crise des addictions qui faisait des ravages dans le pays. Ancien gros producteur de pavot, l’addiction à l’héroïne, la Crystal Meth et autres douceurs du style faisait des milliers de victimes jusqu’à la prise de Kaboul. Le problème a été réglé à la manière afghane, les junkies furent capturés et parqués dans des camps avec la boule à zéro, du sport et des réveils à 5h tout les jours jusqu’à être complètement sevrés, puis renvoyés à leurs familles. Ce problème dramatique qui semble impossible à résoudre dans les pays occidentaux appartient déjà au passé en Afghanistan, le non-respect des libertés individuelles permettant d’avoir les coudées franches pour appliquer la manière forte. 


J’ai côtoyé des talibans d’assez près. Ils m’ont parfois offert l’hospitalité (que j’ai poliment déclinée), m’ont invités à boire le thé dans leurs casemates, et un gros moudjahidine barbu m’a même dormi sur l’épaule pendant un affreux voyage en bus. S’ils sont généralement souriants et intéressés par ma présence, leur niveau d’anglais et mon Dari balbutiant ne permettent pas les discussions à bâtons rompus. Voici cependant une vérité générale tirée de mon expérience : la plupart sont bêtes comme leurs pieds (qu’ils ont puants d’ailleurs).

Je ne suis pas homme à me moquer du manque d’éducation dans un pays où l’accès à l’école demeure un réel privilège, mais certains sont si cons que c’est à se demander comment ils arrivent à tenir leur AK dans le bon sens. 

On pourrait dire que ce ne sont pas les pingouins qui glissent le plus loin de la banquise, mais la version afghane serait plutôt que ce ne sont pas les moutons qui font le plus de laine du troupeau. C’est peut être pour cela qu’ils compensent avec la barbe et les cheveux. 


Je dois néanmoins dire que ce sont les talibans idiots que je préfère, et que plus ils sont bêtes, plus je leur pardonne de s’être laissés embrigader. Les privilégiés sous-estiment à quel point l’absence de scolarisation rend l’esprit vulnérable, et il est impossible de prédire ce que vous seriez devenus si c’était vous qui étiez nés dans un pauvre village où le mollah est la seule source de savoir. 


J’ai rencontré quelques dignitaires talibans, petits hommes à turban gonflés de leur importance nouvelle, et bouffis d’orgueil et de pâtisseries. Ils ont beau m’assurer que je suis bienvenu et se déclarer enchantés de ma présence, il y a quelques années ils m’auraient tué sans réfléchir. 


Je comprends la colère envers un envahisseur armé, et je ne pleure pas les soldats de l’OTAN venus mourir loin de chez eux. 

La guerre est une sale affaire, et généralement c’est de la faute des occidentaux. 

Ce que je ne pardonnerai jamais aux Talibans ce sont les écoles de filles attaquées, les bombes aveugles qui explosaient quotidiennement, les Hazara exécutés sur le bord de la route pour le seul crime d’avoir les yeux bridés et les silhouettes dissimulées à qui ils ont volé le droit d’avoir un avenir. 

L’Afghanistan rejoint le club des beaux pays de l’Orient martyr, son peuple est fort, son passé tragique, son gouvernement affreux, et tout ça par la faute de puissances étrangères. 


Il serait peut-être temps de comprendre qu’on apporte pas la liberté avec des avions de chasse, et qu’à force de vendre des armes à la moitié du monde, on ne peut pas s’étonner qu’elles finissent par être utilisées.




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🇬🇧🇬🇧

After a month in Afghanistan, it's time to speak up a bit.

Let's start with the positive:

Since the Taliban took power, it's once again possible to travel in Afghanistan. 

As the new government has embarked on a charm campaign to gain international recognition, it welcomes the return of 'tourists' who dare to venture here. Although the administrative formalities and identity checks can be tiresome, the instructions are clear: "Leave the tourists alone and help them if you can". 

Since the bad guys won, peace has returned, and while there are still a few terrorist groups in the country, the Taliban know all the techniques and the best hiding spots, so they're dealing with it like gangbusters.

The other positive point is that Afghanistan's new leaders have succeeded in almost totally eliminating the corruption that plagued the country under the previous regime. Punishments for breaking the rules are severe, and the taxes levied on the population are finally being put to good use. 

A final change to the credit of the victors is the rapid resolution of the addiction crisis that was ravaging the country. Formerly a major poppy producer, addiction to heroin, Crystal Meth and other such delicacies was claiming thousands of victims up until the takeover of Kabul. The problem was dealt with in the Afghan way, with junkies captured and put in camps with zero tolerance, sports and waking up at 5am every day until they were completely clean, then sent back to their families. This dramatic problem, which seems impossible to solve in Western countries, is already a thing of the past in Afghanistan, where the lack of respect for individual freedoms gives the authorities free rein to apply the hard way (which seems to work). 


I've been up close and personal with the Taliban. They have sometimes offered me hospitality (which I politely declined), invited me to drink tea in their bunkers, and one fat, bearded mujahideen even slept on my shoulder during a dreadful bus journey. Although they are generally smiling and interested in my presence, their level of English and my stammering Dari don't allow for wide-ranging discussions. However, here's a general truth from my experience: most of them are as stupid as their feet (which stink, by the way).

I'm not one to mock the lack of education in a country where access to school remains a real privilege, but some of them are so stupid you wonder how they manage to hold their AKs the right way round. 

You could say that they are not the penguins that slide the further on the ice floe, but the Afghan version would be that they are not the sheeps that make the most wool from the flock. 

Maybe that's why they compensate with their beards and hair. 


I have to say, though, that I prefer the Taliban idiots, and the dumber they are, the more I forgive them for letting themselves be taken in. The privileged underestimate the extent to which lack of schooling makes the mind vulnerable, and it is impossible to predict what would have become of you if you had been born in a poor village where the mullah is the only source of knowledge. 

I've met a few Taliban dignitaries, little turbaned men puffed up with their new-found importance and bloated with pride and pastries. They may assure me that I am welcome and declare themselves delighted by my presence, but a few years ago they would have killed me without a second thought. 


I understand anger at an armed invader, and I don't grieve for the NATO soldiers who have come to die far from home. 
War is a dirty business, and generally it's the fault of Westerners. 

What I will never forgive the Taliban for are the girls' schools that were attacked, the indiscriminate bombs that exploded every day, the Hazara people executed on the side of the road for the crime of having slant eyes and hidden silhouettes who were robbed of the right to have a future. 

Afghanistan joins the club of beautiful countries of the martyred East, its people strong, its past tragic, its government dreadful, and all because of foreign powers. 

Perhaps it's time to realise that you can't bring freedom with fighter jets, and that by selling weapons to half the world, it's hardly surprising that they end up being used.

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